MEREDITH (G.)

MEREDITH (G.)
MEREDITH (G.)

Encouragé dans sa vocation littéraire par Dickens, influencé par Thomas Love Peacock, plus tard l’ami de Rossetti et de Swinburne, Meredith apparaît étonnamment en avance sur son temps. Il s’attaque à l’idéal même qu’avait alors la nation britannique: celui du «gentleman», dont il démasque l’envers et l’hypocrisie. Son analyse psychologique extrêmement fouillée laisse pourtant subsister au sein de ses personnages une complexité intérieure, instinctive, si bien que ses caractères évoquent ceux de Shakespeare et de Dostoïevski. La lucidité qui est son objectif principal l’amène à traquer jusque dans leurs retranchements les «sentimentalistes», les despotes familiaux, les snobs, les pédants, les sentencieux dont il dévoile l’ignorance et la sottise, l’inconscience et les fausses vertus. Cette analyse s’accompagne d’une conception très originale et moderne du comique: l’esprit comique doit agir comme «l’épée du bon sens», pourfendre celui qui refuse de voir ses mobiles en face, comme celui qui (tel le «barbon» chez Molière) ne sait pas se situer par rapport aux autres.

Philosophe, moraliste, romancier, mais aussi excellent et émouvant poète, sa nature complexe, profondément originale, exprime les contradictions propres à l’époque victorienne.

Contre le «sentimentalisme»

Né à Portsmouth, mort à Box Hill (Surrey), Meredith fut définitivement marqué par l’abandon de sa première femme. Sa cible préférée fut le «sentimentaliste», c’est-à-dire celui qui confond sentiment et sensation, «qui désire jouir des choses sans en payer le prix». Son roman The Egoist (1879) met en scène une figure appartenant à cette catégorie haïe, de même que dans The Adventures of Harry Richmond (1871) l’auteur avait dépeint un père aventurier, séducteur et mythomane. Tout comme le sentimentaliste, l’homme de système qui règle ses comptes à travers autrui est un égoïste qui s’ignore, attitude débusquée par Meredith à travers le personnage de sir Austin dans son premier roman, The Ordeal of Richard Feverel , où un père, avide de principes creux, frappé de cécité mentale, est pris à son propre piège. Tel est aussi le thème fondamental de ce petit chef-d’œuvre: The Tragic Comedians. Alvan, le protagoniste, athlète de la pensée et de l’action, est inspiré par la figure d’un certain Y. F. Lasalle, chef du parti républicain allemand, qui mourut en 1864 des suites d’un duel absurde. De ce point de départ historique, des mémoires irritants que laissa l’héroïne de l’histoire où elle traçait les lignes de son apologie personnelle, Meredith a tiré la substance de cette œuvre où un homme remarquable, vaniteux, débordant de vitalité, croit s’éprendre d’une petite oie blanche romanesque. Vision ironique d’une passion dépourvue d’amour, où chacun ne fait que poursuivre une image idéale de soi-même. On le voit: l’égocentrisme, ce délire borné d’une imagination occupée de soi où le réel, si riche, est perdu de vue, la mauvaise foi, cette rationalisation des faiblesses, vont jusqu’à causer la perte des êtres d’élite. Si Meredith dépeint toujours une certaine classe aisée, ce n’est ni par snobisme ni par esprit de caste, mais parce qu’elle permet précisément l’analyse des êtres les plus libres de s’adonner à leurs folies et à leurs travers. Personne n’a mieux montré la vanité creuse des idoles: ainsi cette scène étonnante des Aventures de Harry Richmond où toute une petite cour allemande honore dans le bronze d’un maréchal à cheval la personne d’un imposant guerrier, lorsque, brusquement, la statue bouge et se révèle n’être que l’aventurier Roy Richmond déguisé, couvert de plâtre, affublé de gantelets, étouffant mais exultant de jouer les héros sous sa carapace métallique. Si donc Meredith a stigmatisé une petite société privilégiée, c’est que «d’être d’une espèce supérieure, revient à se désigner au calme et curieux regard de l’esprit comique et à un examen impitoyable, scrutateur».

Féminin-masculin

Pour l’écrivain, grand admirateur de Molière, le comique et la comédie ne sont possibles que là où règne l’égalité des sexes (aussi ne saurait-on le chercher en Espagne ou en Italie): la femme est regard, pierre de touche, épreuve; c’est par elle que l’homme est jugé. Mais l’égalité des sexes se heurte à l’obstacle des conventions et de la vanité masculine. Ce qui a fasciné l’écrivain, bien avant Lawrence, ce sont les composantes féminines de l’homme et celles, viriles, de la femme: conception moderne, hardie du couple qui s’accompagne de l’examen de deux problèmes importants entre tous, l’éducation, l’émancipation des femmes. Tantôt misogyne, constatant que la femme est douée de l’«inertie du légume», tantôt féministe et créateur d’une série de portraits féminins dont la richesse rappelle celle de Shakespeare – femmes capables de façonner les hommes ou de causer leur perte –, Meredith se débat dans l’ambivalence causée par les drames de sa vie personnelle. Sa première femme, fille de l’écrivain Peacock, qu’il épousa alors qu’elle était veuve, devait bientôt le quitter pour vivre avec son meilleur ami. Elle finit par se suicider sans avoir obtenu le pardon de Meredith. Ces drames intimes donnent à la peinture que fit l’écrivain des relations entre les sexes une tragique acuité. De même, les rapports admirablement décrits entre père et fils, entre éducateur et enfant, notamment dans Richard Feverel , où un fils est brisé par un système absurde, borné, rigide, effrité par un précepteur cynique, voyeur, égoïste, reflètent les préoccupations essentielles d’un homme qui connut tous les conflits opposant un fils à son père, et un père à son fils. Talent prodigieusement divers selon que Meredith ménage des paroxysmes où le personnage se dévoile brusquement comme au théâtre (technique de L’Égoïste ); ou qu’il fait planer comme dans Les Aventures de Harry Richmond cette brume dorée, posée sur le réel, d’une adolescence amoureuse de mythes, dans un récit rapide et lisse mené à la façon d’un Stevenson; ou qu’il se montre lyrique comme dans les cinquante poèmes de L’Amour moderne (1862) inspirés par sa vie privée et la lutte des sexes; ou, enfin, qu’il se révèle impitoyable, dévidant jusqu’au bout le réseau de la mauvaise foi, dans une analyse qui décapite l’ancien romantisme. Meredith apparaît comme un pionnier, à la recherche de sa propre formule, dont toute la complexité et la hardiesse sont à redécouvrir.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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